time*out

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Time*Out

Par Andreas Eschbach (traduit de l’allemand par Pascale Hervieux, L’Atalante, Nantes)

Peu avant les faubourgs de Los Angeles, Clive quitta l’autoroute et s’arrêta près d’un centre commercial semblable à tois les autres. Christopher baissa la vitre et eut l’impression de flairer l’océan. Sans doute se faisait-il des idées car ils se trouvaient encore à plus de trente kilomètres de la côté. Les Angeles, la cité tentaculaire, évoquait une maladie rampante qui s’attaquait aux collines et aux vallées, et dont les symptômes prenaient la forme de routes et de maisons.

La nuit était tombée. Une discothèque et une bowling avaient ouvert leurs portes, une petite foule s’était assemblée devant, une personne sur deux était en train de téléphoner. Nul ne fit attention à eux.

« Dis-le si ça ne te convient pas, on peut aussi bien aller ailleurs », dit Clive.

Ils s’étaient arrêtés au pied de panneaux publicitaires présentant tous la même affiche, qui reprenait les annonces entendues à la radio. Internet, c’est du passé, proclamait-elle. L’avenir commence le 8 juin. Le texte encadrait une photo de John Salzman, le fondateur de FriendWeb. Une fois de plus, Christopher se demanda ce qu’il en était. FriendWeb était entré en Bourse depuis peu. La manœuvre avait-elle rapporté tant d’argent qu’on ne savait plus comment le dépenser?

« Pas de problème, répondit-il avec un temps de retard. C’est très bien ici.

Vraiment très bien ou seulement acceptable?
Aussi bien qu’ailleurs. » Beaucoup de gens au téléphone, c’était parfait. Ça occupait les noueds de réseau et rendait les données plus difficiles à interpréter. Bien que … pour la Cohérence, ça ne serait sûrement pas un frein.

« C’est toi le chef, opina Clive. Je n’ai aucune idée de ce qui se passe dans le champ. Il faut me dire ce que je dois faire.

– Me récupérer, répondit Christopher. Mais, avant, j’ai un détail à régler. »

Il se tourna, saisit son sac de voyage sur le siège arrière et sortit son ordinateur portable. Après l’avoir démarré, il lança le programme qu’il avait écrit à son arrivée à Hideout.

Il était toujours possible que la Cohérence s’attende à ce qu’il mette en œuvre un logiciel avec cette fonction, c’était même vraisemblable, mais ce n’était pas une raison pour s’en abstenir.

« Que fais-tu? Demanda Clive en voyant les colonnes de chiffres s’afficher à l’écran.

Je vérifie les registres de mes implants. Je m’y connecte via Bluetooth, je lis le contenu des mémoires et je le compare aux données que j’ai sauvegardées.

– Les puces dans ta tête? S’étonna Clive. Tu te connectes à ton propre cerveau avec ce portable?

– Oui.

– Incroyable », lâcha l’homme qui avait lui-même vécu tant d’événements extraordinaires.

La barre n’était pas loin de cent pour cent. « Je dois faire cette vérification avant et après pour m’assurer que les puces n’ont pas subi de modifications, expliqua le jeune homme.

– Ça pourrait arriver?

– C’est arrivé une fois, répondit Christopher, la mine sombre. Je n’ai pas envie que ça recommence. »

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