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Profits du capital en France au 19e siècle

Posted in Âge de la mue

Les profits du capital en France au 19e siècle

Le profit industriel connaît de sensibles oscillations conjoncturelles, fonction des fluctuations de prix et de coûts échappant largement aux entreprises.

Les données quantitatives sur le profit des entreprises durant le XIXe siècle sont malheureusement parcellaires et de mauvaise qualité. Néanmoins un certain nombre d’études par branches permettent de se faire une idée du mouvement des profits dans le secteur des charbonnages, de la sidérurgie, de la mécanique ou dans le secteur bancaire.

Des résultats décevants

Elles font apparaître que d’une façon générale les profits évoluent dans le même sens que les prix, et que par conséquent la rentabilité du capital productif industriel est médiocre durant l’ensemble du siècle.

Cela peut s’expliquer de la façon suivante: pour lutter contre la concurrence, les entreprises cherchent à se moderniser et à réduire leurs coûts: cela permet des baisses de prix, mais qui sont telles que la rentabilité par unité produites est faible; on cherche alors à produire davantage pour maintenir la masse des profits; mais cela tend à accroître l’offre globale plus vite que la demande; l’industrie subit aussi la baisse des prix tout en l’accélérant contre son gré. De plus, les phases de croissance provoquent une demande accrue de matières premières et de capitaux entraînant une tension sur les prix et par conséquent une augmentation des coûts de production.

Dans ces conditions, la rentabilité du capital est sans cesse compromise, tout au moins aux yeux des entrepreneurs. C’est ainsi qu’en 1867, le Comité des Forges se plaint de la situation médiocre de la métallurgie française en raison de « l’avilissement des prix »; grâce à des efforts énergiques, observe-t-il, « l’industrie se développe », mais « les industriels ne prospèrent pas ».

Les profits industriels sont donc incertains au XIXe siècle, et cela explique le peut d’attrait des milieux bancaires et du grand public pour les actifs industriels, et leur préférence pour les titres publics ou étrangers. Néanmoins, la rentabilité n’est pas nulle, loin de là, et, si elle l’était, on ne comprendrait pas qu’il subsiste des entrepreneurs capitalistes à l’aube du XXe siècle.

Ainsi, les dividendes distribués par les Houillères du Pas-de-Calais passent de 3,5 millions de francs par an, de 1871 à 1880, à 13,3 millions de 1881 à 1890 et à 21,5 millions de 1891 à 1900; l’autofinancement en est environ le double chaque année.

Dans le secteur sidérurgique, les profits des Forges de Châtillon-Commentry (fondées en 1863) sont de l’ordre de 1,5 million par an de 1863 à 1870, s’élèvent à 6,3 en 1873, puis sont inférieurs à 1 million de 1876 à 1878; ils fluctuent ensuite entre 1 et 2 millions de 1879 à 1892, puis entre 4 et 15 millions de 1898 à 1813.

Dans le secteur bancaire, les profits sont généralement plus élevés que dans l’industrie. Ainsi, à la Société Générale, le profit fluctue entre 5 et 12 millions de 1865 à 1875, baissera de 1876 à 1898 (entre 3 et 5 millions), avant de progresser pour atteindre 25 millions en 1913. Au Comptoir d’Escompte de Paris, le profit, de l’ordre de 1,2 million en 1853, dépasse les 5 millions de 1871 à 1888 et atteint 18 millions en 1912 et 1913.

Les profits se redressent donc d’une manière spectaculaire quand s’achève la tendance séculaire à la baisse des prix, dans les toutes dernières années du XIXe siècle. Ces deux phénomènes peuvent s’expliquer par la concentration de l’appareil de production réduisant la concurrence, et par la rigidification des coûts salariaux qui stabilisent en même temps la demande intérieure.

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