réflexion sociale en france

Réflexion sociale en France, début 19e siècle

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La réflexion sociale au début du XIXe siècle en France

Les bouleversements économiques et sociaux du début du XIXe siècle sont appréciés de façon divergente par leurs contemporains.

Le début de la « Révolution industrielle » provoque, dans le domaine de la réflexion sociale, un clivage entre les « pessimistes » qui condamnent le le capitalisme naissant et les « optimistes » qui y voient la marque du progrès de l’humanité.

La critique sociale

Charles Fourier (1772 – 1837).. Il constitue une synthèse originale des idées de Rousseau sur la capacité de l’individu à retrouver une bonté naturelle perdue par la civilisation et de la critique des premières manifestations du capitalisme industriel et commercial.

Sa doctrine sociale repose sur la définition de douze passions animant le comportement humain et dont il s’agit de permettre la satisfaction par une organisation sociale adéquate. Une treizième passion, l’Harmonique, permet d’assurer le bonheur commun, si les individus se regroupent en phalanstères, coopératives de production et de consommation, où les revenus seraient répartis entre apporteurs de travail, de capital et de talent, et où les travailleurs vivraient en communauté. Il écrit plusierus ouvrages, dont « Le Nouveau Monde industriel et sociétaire », « La Réforme industrielle ou le Phalanstère ».

De même, Étienne Cabet (1788 – 1856), s’inspirant des idées communautaires de l’Anglais Robert Owen (1771 – 1858), développe la réflexion sur la supériorité d’une société où les moyens de production sont collectivisés (« Voyage en Icarie », 1842).

Il part fonder aux États-Unis des communautés de ce type, qui ne résistent cependant ni aux problèmes internes opposant leurs membres, ni à ceux qui pose le rapport d’une telle société idéale avec l’environnement économique et social dont elle ne peut totalement s’abstraire.

L’intérêt pour les conditions de vie des travailleurs se manifeste avec le célèbre rapport de Louis Villermé (1792 – 1863) : son « Tableau de l’État physique et moral des ouvriers dans les fabriques de coton, de laine et de soie » (1840), est l’une des premières études concrètes décrivant et dénonçant la misère ouvrière de cette époque.

Pierre Joseph Proudhon (1809 – 1865). Sa critique est plus radicale : influencé par les idées de Fourier, il dénonce le capitalisme industriel et en condamnant les injusices permises par la propriété capitaliste, le profit étant pour lui le résultat du vol des travailleurs. Dans plusieurs ouvrages (« Qu’est-ce que la propriété? », 1840, « Philosophie de la misère ou Système des contradictions économiques », 1846, « Du Principe fédératif », 1863), il préconise l’impôt sur les revenus, le crédit gratuit par une « banque du peuple », une organisation mutualiste libre des producteurs et la décentralisation des pouvoirs.

Son individualisme proche de l’anarchisme, son refus de l’action révolutionnaire, son fédéralisme hostile à un pouvoir d’État fort l’opposent à Karl Marx : ce dernier le considère comme le représentant de la pensée petite-bourgeoise, incapable de comprendre les mécanismes de fonctionnement du capitalisme et de s’organiser pour le détruire. Il s’attaquera dans un ouvrage intitulé « Misère de la philosophie » publié en 1847. Député en 1848, puis condamné à trois ans de prison sous Napoléon III, il s’enfuit en Belgique puis est amnistié et rentre à Paris en 1862.

Le christianisme social

Frédéric Le Play (1806 – 1882) défend, dans « La Réforme sociale » (1864), l’idée que l’organisation de la société ne peut simplement reposer sur l’autorité, mais aussi sur le respect des autres et effectue des « enquêtes directes » sur le travail ouvrier (« Les Ouvriers européens »).

Félicité de La Mennais (1782 – 1854), chef de file des Catholiques libéraux, rompt avec Rome en 1834 et se fait l’apôtre du rapprochement entre le message chrétien et les idées socialistes. Il trouve en Henri Lacordaire (1802 – 1861) et Charles de Montalembert (1810 – 1870) d’ardents défenseurs (mais ce dernier se rapproche du parti de l’Ordre après 1834, et inspire la Loi Falloux de 1850).

Les « optimistes »

Saint-Simon (Claude Henri comte de, 1760 – 1825). A l’inverse de ceux qui critiquent radicalement le capitalisme naissant, il affirme sa foi dans l’industrialisation. Après avoir participé à la guerre de l’Indépendance américaine, puis spéculé sur les biens nationaux et s’être ruiné en menant grande vie, il commence sous l’Empire à réfléchir et à écrire sur la nouvelle société et devenir.

En 1819, il fonde « L’Organisateur » qui publie sa célèbre parabole, selon laquelle la richesse d’une nation dépend de ses industriels, de ses banquiers, de ses scientifiques et non de son élite politique et de grands personnages de l’État.

Poursuivi devant les tribunaux, il est acquitté et publie de 1823 à 1825 ses ouvrages majeures : « Le Système industriel », « Le Catéchisme des Industriels », « Le Nouveau Christianisme ». Il y développe l’idée selon laquelle la société doit être envisagée comme une entreprise industrielle, où chacun reçoit des revenus fonction de sa contribution à l’investissement et à la production. Saint-Simon considère ainsi que le progrès économique est l’ordre des chefs d’entreprise qui en recherchent leur propre intérêt permettant la croissance maximale de l’activité, en substituant « l’administration des choses à l’autorité sur les hommes », selon le mot de Charles Rist.

Méconnu de son vivant, il influence fortement la pensée positiviste (A.Comte) et les milieux d’affaires qui se réclameront du « Saint-Simonisme » (Michel Chevalier, les frères Péreire, les banquiers Laffitte, Ferdinand de Lesseps).

Auguste Comte (1798 – 1857). Il affirme également sa croyance dans le progrès de l’humanité, à partir de l’observation de l’évolution des sociétés occidentales. D’abord disciple de Saint-Simon, il est l’initiateur d’une méthode nouvelle, le « positivisme », selon laquelle il ne peut s’agir pour l’esprit humain que de saisir les faits observables et la relation immédiate entre phénomènes.

De ce point de vue, il développe dans ses « Cours de philosophie positive » (1830 – 1842), ou son « Catéchisme positiviste » (1852) la « Loi des trois États » : l’Occident serait passé de l’état théologique (explication surnaturelle des phénomènes), puis métaphysique (réflexion imaginaire ou abstraite), à l’ère positive; désormais au lieu de rechercher des vérités éternelles impossibles à connaître, l’homme étudie les seules lois physiques observables, la dernière discipline scientifique apparue étant la sociologie, ou « physique sociale ».

L’un de ses disciples, Émile Littré (1801 – 1881), fonde en 1867 la « Revue de philosophie positive » et applique cette méthode à la philologie.

Il écrit une « Histoire de la langue française » (1862) et confectionne son « Dictionnaire de la langue française » de 1863 à 1873. Il est député de la Seine en 1871 et Sénateur en 1875.

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